Cubas de la Sagra (1449), Santa María de la Cruz
Europe · Espagne
Ce qui s'est passé
En mars 1449, aux alentours de Cubas de la Sagra (aujourd'hui dans la province de Madrid, diocèse de Getafe), une jeune bergère nommée Inés Martínez Sánchez, âgée d'environ douze ans et demi, fille d'Alfonso et de Mari, affirma avoir vu une « Dame très belle et rayonnante » alors qu'elle gardait les troupeaux près du lieu. D'après les documents qui nous sont parvenus, les apparitions eurent lieu vers midi à plusieurs reprises ce mois-là : les copies des registres officiels indiquent les 3, 4, 7 et 9 mars 1449. Seule Inés vit la Dame ; à un moment donné, une autre jeune fille aurait entendu sa voix sans la voir, un détail figurant dans les comptes rendus du procès et qui doit être considéré comme un témoignage secondaire. Suite à ces événements, le lieu fut nommé « Santa María de la Cruz » (Sainte-Marie-de-la-Croix), un nom qui resta indissociable de la dévotion mariale locale et du sanctuaire.
Le message
D'après les archives et leurs copies, la Vierge Marie exhorta le peuple à la pénitence et à la conversion face à sa négligence des devoirs religieux et à sa vie de péché, et demanda qu'un lieu de culte soit érigé sur le site de l'apparition, ce qui mena à la construction d'une croix et d'un premier ermitage ou église. Ce contenu – pénitence, conversion et construction d'un lieu de culte – constitue le noyau documenté.
L'un des cas les mieux documentés du Moyen Âge hispanique
L'aspect le plus remarquable des apparitions de Cubas réside dans leur documentation. Le 9 mars 1449, un procès-verbal notarié des événements fut établi, comprenant les déclarations d'Inés et d'autres témoins, dans le cadre d'une enquête canonique menée par les autorités ecclésiastiques et civiles, et détaillée par des serments et des témoignages. C'est pourquoi l'on peut affirmer avec certitude que l'on connaît mieux les apparitions de Cubas que presque tous les autres épisodes similaires survenus en Espagne jusqu'au XVIIIe siècle.
Le sanctuaire et le monastère aujourd'hui
De cette croix et de cet ermitage primitifs naquit la dévotion à Sainte Marie de la Croix, qui s'accrut grâce à la renommée des miracles et à l'afflux de pèlerins. L'initiative décisive fut prise par le cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, à qui l'historiographie locale attribue l'impulsion du couvent franciscain de Sainte Marie de la Croix, un fait avéré et non une simple légende. Plus tard, la bienheureuse Jeanne de la Croix (« Sainte Jeanne ») vécut dans ce couvent, et ses épreuves contribuèrent à la découverte et à la préservation des documents relatifs aux apparitions. Aujourd'hui, le site est toujours connu sous le nom de Monastère et Sanctuaire Sainte Marie de la Croix, dans le diocèse de Getafe, où la dévotion mariale est florissante, les pèlerinages nombreux et les commémorations des apparitions et des miracles perpétuées. Un lien spirituel précieux unit la ville : de l'appel à la pénitence reçu par une humble bergère a émergé un centre spirituel où s'épanouit l'une des plus grandes mystiques espagnoles.
La position de l'Église
Il convient d'être précis quant au statut canonique. Au XVe siècle, la reconnaissance ecclésiastique ne prenait pas la forme habituelle d'un décret solennel à l'instar des rites modernes, mais consistait plutôt à autoriser et encourager le culte, et à ordonner la construction d'une église ou d'un ermitage officiel, parfois avec l'intervention de hautes autorités, comme ce fut le cas plus tard pour Cisneros. À Cubas, on retrouvait précisément ces signes : une procédure de collecte d'informations avec témoins et serments, un ordre épiscopal de construire une église, un acte notarié attestant des miracles et des pèlerinages organisés par la hiérarchie. Tout cela implique une reconnaissance pratique et traditionnelle du culte de Sainte Marie de la Croix comme légitime et promu par l'Église, et c'est pourquoi le diocèse, la presse locale réputée et les médias actuels parlent d'apparitions « approuvées par l'Église ».
Lien avec le Rosaire
S’adresser à Notre-Dame de la Croix en invoquant l’intercession de la Vierge et en priant le Rosaire est toujours légitime et bon, en communion avec l’Église et avec la sobriété requise par une dévotion ancienne et reconnue. Le message central de sainte Marie de la Croix – pénitence, conversion et vie chrétienne sincère – est au cœur même du Rosaire : contempler les mystères du Christ auprès de sa Mère et se laisser transformer par eux. Puisse l’exemple d’une simple jeune fille qui écoute et obéit nous encourager à prier avec humilité et confiance.
